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lundi, février 21, 2005

Rendez-vous dans dix ans

Aujourd'hui, j'ai vu une amie de primaire.

Elle: J'avais rien à faire alors j'ai appelé pleins de gens. J'ai appelé Ludovic.
Moi: T'as appelé Ludovic?! Mais tu ne l'as pas revu depuis...
Elle: ... l'école primaire!
Moi: Waouh. Il a du être surpris... Il s'est souvenu de toi?
Elle: Oui et il a été adorable. Je lui ai dit que j'étais à l'hopital et il m'a proposé de venir me voir.
Moi: Carrément?! Alors que vous ne vous étiez pas revus depuis tout ce temps?
Elle: Oui et on n'était même pas proche.
Moi: C'est resté un gentil garçon...



C'était il y a dix ans, mois pour mois, peut-être même jour pour jour, peut-être même heure pour heure. Ce soir-là, il n'était rien pour moi, et il ne sera rien d'autre pendant longtemps qu'une petite lueur de quelques minutes dans l'obscurité d'une boum. Pourtant beaucoup de filles l'idolatraient. Céline, Nassima, Marina et surement d'autres. Il était brun, il était grand, il n'était pas spécialement beau, il n'avait pas spécialement de charme, mais il avait ce petit quelquechose qui le rendait attirant. Parait-il. J'entendais parler de lui à longueur de journée, la plupart de mes copines se partageaient chacun de ses regards, chacune de ses paroles, c'était leur dieu, elles étaient folles de lui, elles étaient amoureuses. Vraiment?
Moi je ne parlais pas de lui, d'ailleurs je ne parlais pas, j'écrivais. Les murs ont des oreilles, et des filles assoiffées de mal et de potins, rodaient autour de nous. Alors j'écrivais des lettres que je donnais discrètement à deux copines, qui dix ans plus tard, sont les deux seules amies de primaire que je revois encore régulièrement. Julie et Marina. Julie avait un très bon ami dans son immeuble, qui était dans l'autre classe de CM2. C'était son garçon à elle, et s'il y en avait une, parmi toutes les copines, qui semblait la plus proche de ce qui s'appelait l'amour, c'était bien elle. Marina, elle, a vu son coeur chavirer pour la première fois en deuxième section d'école maternelle, et il n'a jamais arrêté depuis. A l'époque, son record fut d'avoir du partager son coeur en cinq (nombre qui, quatre ans plus tard, aura triplé), et s'il y avait un malheureux qui n'avait jamais été à son gout, alors il l'était à celui de personne car elle avait tous les gouts.
Et moi, c'était Antoine.
Mon premier voisin de classe à devenir un amoureux potentiel.
Oui parce que, avec du recul, du temps... des années..., j'étais amoureuse. J'ai senti mon petit coeur s'accélérer à ses cotés quand par hasard on allait remplir le pichet d'eau en même temps, je l'ai senti bouillir à son contact quand il m'effleurait la main pour m'emprunter ma règle, j'ai senti mon petit corps frémir tous les matins quand il franchissait l'entrée dans sa grosse doudoune grise foncée, j'ai senti mon petit être déchanter tous ceux où il ne passait pas cette grille et laissait vacante la chaise à ma gauche pendant une semaine, j'ai cherché sa date de naissance, son adresse, j'ai aimé son odeur, ses blagues, j'ai adoré l'école, j'ai maudit les vacances, j'ai cherché sans cesse, j'ai attendu beaucoup, j'ai espéré longtemps, j'ai imaginé souvent. Il était petit, il était brun, il était beau, et il me faisait rire. Pourquoi lui?
Il s'entendait bien avec Amélie, un garçon manqué qui était tout le temps avec les garçons. C'était la seule fille sur le terrain de foot, la seule fille sur le terrain de basket. Pourquoi elle? Certains les disaient amoureux, encore ce mot, moi ça me foudroyait juste de les voir rentrer ensemble tous les samedis loin devant moi, quand j'avais le malheur de partir après eux. Les autres jours, je finissais plus tard donc ça n'arrivait pas, mais le samedi c'était fatal. Il a soulevé mes premières questions, et à travers des lettres glissées en secret lors des récréations, j'ai franchi la porte grande ouverte du monde impitoyable de l'adolescence.
Et puis un jour, une lettre a été interceptée. Ces mots, qui font aujourd'hui le tour d'internet, ont fait le tour de la classe, et c'était le drame. Le monde entier savait que j'étais amoureuse. Pire, il savait de qui. J'étais harcelée, regardée, étiquetée. J'étais le potin du siècle, j'étais amoureuse, c'était tellement risible. Il ne me parlait plus, non pas qu'il m'en voulait, ni qu'il avait honte, il était encore jeune pour savoir ce que c'était, il avait juste peur, peur d'alimenter davantage les ragots, lui qui s'était retrouvé malgré lui au centre de l'affaire. Il restait avec Amélie, m'ignorant la semaine, m'anéantissant le samedi. C'était elle la fille, la première. La première de toutes les filles qui ont compressé mon coeur alors qu'un garçon le rythmait. Je ne souffrais pas. Je ne savais de la souffrance que des plaies que j'avais aux genoux après des jeux mal terminés dans la cour de récréation. Alors j'étais triste. Ils étaient tous tellement méchants. Méchants de ne pas comprendre, méchantes de rigoler, méchant de m'ignorer. Bien-sûr qu'ils ne se moquaient pas vraiment, bien-sûr que mes copines sont restées avec moi, bien-sûr que la plaisanterie n'a pas duré plus de deux mois, mais ils ont privé définitivement mon coeur de la magie de l'inconscience, en m'otant par leurs moqueries, leur indifférence et leur compassion, l'espoir innocent d'un premier amour heureux et éternel.
Je suis redevenue une fille comme les autres, comme Hélène. Mon coeur battait toujours aussi fort en sa présence, mais je ne me sentais plus différente. J'espérais toujours qu'un jour il viendrait me parler, voire qu'il m'avouerait son amour en secret car il ne pouvait plus faire autrement, mais la magie n'était plus là et l'espoir s'estompait vite, car je savais que rien de ce que j'avais imaginé des milliers de fois dans ma tête, ne se réaliserait.

J'étais toujours cette fille comme les autres, il y a dix ans mois pour mois, peut-être jour pour jour, peut-être heure pour heure, quand toute la classe est partie en classe de neige et qu'on a organisé cette boum. Je me suis installée dans un coin de la salle en groupe avec mes copines, parmi d'autres groupes d'autres filles. J'écoutais les pronostics sur les couples danseurs, potins qui ne dépassaient pas les frontières de notre petit cercle. Je les entendais pester à propos des filles qui avaient dansé avec Ludovic, comment c'était trop injuste, qu'est-ce qu'elles avaient de plus qu'elles. Puis j'ai entendu les premières notes d'un slow. Et j'imaginais qu'elles se taisent toutes d'un coup en voyant Antoine traverser la salle entière devant tout-le-monde, pour m'inviter à danser.
Et elles se sont tues.
Ludovic était debout devant moi, et il m'a tendue la main. Il avait un regard doux, sincère, moi j'étais avachie par terre. Tout s'est passé très vite, je l'ai regardé, surprise, puis j'ai rigolé et j'ai fait "noooon! j'ai pas envie de danser!". J'ai refusé. Il a traversé la salle pour venir vers moi, en faisant abstraction du fait que ce n'était pas lui que j'attendais et des rumeurs autour de moi qui ne demandaient qu'à être ravivées, et moi j'ai refusé.
J'ai continué à rigoler, surprise, nerveuse, j'étais ridicule, une dizaine de filles me regardaient, ébétées, mes copines m'ont taquinée, puis on a changé de sujet, la soirée a continué, le séjour s'est terminé, l'année scolaire aussi, on s'est dispersé dans différents collèges, on a fait de nouvelles rencontres, on a connu d'autres amours, on a cherché le bonheur, on a appris la souffrance, on s'est remises en question, et on a suivi des routes différentes. Julie est aujourd'hui en troisième année de droit et habite avec son copain, Nassima est mariée et vient d'avoir un bébé, Marina a arrêté ses études et cherche un travail, toutes les histoires qui ont embelli nos dernières récréations sont parties avec les années, et seuls ont survécu quelques souvenirs pleins de force et d'espoir ravivés à chaque retrouvaille, qui ont su, au cours de ces dix dernières années, nous réconforter quand il le fallait, et peut-être nous ont aidées à devenir celles que nous sommes aujourd'hui.



:: par leeloo à 21:18 ::
 
 
mardi, février 15, 2005

Joyeuse St Claude aux amoureux

Y a pas de raison...



:: par leeloo à 08:18 ::
 
 
mercredi, février 09, 2005

"Paie tes factures avant le nouvel an si tu ne veux pas avoir une année de dettes"

Je commence donc l'année à découvert.



:: par leeloo à 01:16 ::
 
 
dimanche, février 06, 2005

Vacances (2)

Quel jour sommes nous?



:: par leeloo à 23:17 ::
 
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