En toute transparence
C'était l'époque où la mode était aux problèmes, où il fallait les accumuler, les multiplier, pour faire bien. Elle et moi, on était en compétition. On se soutenait mutuellement, alternativement, on aidait l'autre à relativiser ses problèmes existentiels avant d'en lancer un nouveau. On se sentait être quelqu'un, nos problèmes nous rendaient intéressantes, existantes, visibles, nos vies avaient un sens de par notre existence qui avait un sens de par notre souffrance, on comprenait la vie à travers nos blessures, on était supérieures à ces insouciants qui, comment était-ce possible, profitaient pleinement de leur adolescence. Nous on s'est complu dans notre souffrance, dans nos questions, dans nos plaintes.
Et puis un jour elle m'a dit "souffre en silence".
Ce que j'ai fait.
Pourtant je suis impulsive. Pourtant je suis plutot franche, plutot directe. Pourtant j'aime raconter ma vie, j'aime qu'on me remarque, j'aime qu'on s'intéresse à moi, j'aime exagérer.
Mais que ça devient trop personnel, ça reste à l'intérieur.
Dis le moi si j'ai fait quelquechose de mal, m'a t-
elle dit.
Et toi comment ça se passe avec ton chéri? m'ont-elles demandé.
Questions banales. Mais ça ne passe pas. Je n'aime plus parler de moi, je n'aime plus me plaindre pour de vrai, je n'aime plus qu'on compatisse, je n'aime plus me forcer à sourire, je veux sourire pour de vrai, oublier ce qui m'en empêche. Ça me surprend d'ailleurs tout ce que je peux accumuler. Je ne parle même plus de quelqu'un dans son dos à quelqu'un qui le connait. Je sais ce qu'on peut dire sous la colère, je sais ce qu'on peut regretter après avoir dit des choses sous la colère, alors je ne dis plus, le lendemain c'est passé, je n'ai aucun remords, j'oublie, j'accumule sans le savoir, j'attends que ça déborde pour exploser, ça n'explose jamais, au pire ça finit ici, j'empile indéfiniment, les concepteurs de pc m'envieraient.
Alors ce que je vais dire là, je le dis plus pour introduire ma question que par besoin de m'exprimer.
Un petit coucou à mes chéris parce que je n'ai pas toujours le temps de vous dire que je ne vous oublie pas.12 personnes, aucune n'a répondu.
...
Moi: j'ai commencé le site (étant responsable de ça) avec des classes, c'est mieux que les tableaux
Pas moi: ok, je vais en faire un avec des tableaux (n'étant pas responsable de ça) et on verra après lequel on prend
Moi: ... bah dans ce cas on le fait ensemble avec des tableaux (étant reponsable de ça)
Pas moi: ok (n'étant pas reponsable de ça)
(Cinq jours plus tard)
Pas moi: dis moi ce que t'en penses (n'étant toujours pas reponsable de ça)
Moi: t'as fait notre site? (étant toujours reponsable de ça)
Pas moi: oui (n'étant toujours pas reponsable de ça)
Moi: avec des tableaux? (étant toujours reponsable de ça)
Pas moi: un max (n'étant toujours pas reponsable de ça)...
Moi à pas-moi-2 par mail: pour info "pas moi" a fait le site, ça m'énerve mais bon tant pis c'est pas la peine de lui dire, on prendra le sien.
Pas-moi-2 par mail à moi et pas moi: bravo pour le site pas-moi, on est tous d'accord pour le dire.
Moi à pas moi-2 par mail: ah bon
Pas-moi-2 à moi: non? ah non, je viens juste de voir que tu m'avais envoyé le mail qu'à moi... Se pourrait-il qu'adolescente, je ne fus pas si conne de penser qu'en étalant mes problèmes j'étais moins transparente?